Le 21 mai dernier, le projet Rawafed+ a organisé un atelier de Design Thinking réunissant un échantillon diversifié d’acteurs de l’écosystème entrepreneurial et financier tunisien autour d’une question simple en apparence : comment permettre à un entrepreneur d’accéder au bon financement, au bon moment, sans se perdre dans le labyrinthe des dispositifs existants ?
Cet atelier a rassemblé des chambres de commerce et d’industrie, des structures d’appui et d’accompagnement des entreprises telles que le Centre d’Affaires de Sfax et la Fondation DAAM, des organisations telles que CONECT International et l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises, des institutions financières comme la BFPME et Alternative Business Capital, ainsi que la banque de développement allemande KfW et des cabinets de conseil tels que BDO Tunisie et Mazam.
Cette diversité d’acteurs et d’expertises a permis d’aborder la problématique sous différents angles et d’enrichir la réflexion collective autour des leviers d’accès au financement.
Un problème connu, mais mal résolu
Le constat de départ est partagé par l’ensemble des participants : les financements existent, tout comme les structures d’accompagnement, mais les TPME peinent à identifier les bons interlocuteurs et à s’orienter dans cet écosystème complexe. Comme l’a résumé Amal Rajhi, Directrice générale de Amal Groupe : « Je ne sais pas à qui m’adresser. »
L’information est bien disponible, mais elle reste dispersée, parfois peu structurée, et difficilement accessible pour un entrepreneur qui ne dispose ni du temps ni des clés de lecture nécessaires pour la décrypter.
C’est précisément ce paradoxe que l’atelier a cherché à explorer et à déconstruire collectivement.
Ce que vit vraiment l’entrepreneur
L’exercice de cartographie de l’expérience utilisateur a mis en lumière un parcours du combattant assez systématique. L’entrepreneur commence par une recherche Google, tombe sur une banque, se heurte à des exigences administratives lourdes et à des délais décourageants, et finit par se rabattre sur des solutions provisoires — souvent moins adaptées à ses besoins réels. Tout au long de ce parcours, une question reste sans réponse claire : existe-t-il un financement pour moi ?
Ce flou sur l’éligibilité n’est pas anodin. Il génère une perte de temps considérable, pour l’entrepreneur comme pour les structures d’appui, et alimente un sentiment de méfiance vis-à-vis du système financier dans son ensemble.
Des pistes concrètes émergent
Les travaux en équipes ont fait converger les réflexions vers quelques orientations clés :
Orienter avant d’accompagner. Avant même de préparer un dossier, l’entrepreneur a besoin de savoir vers quoi se diriger. Un outil de pré-diagnostic — sous forme d’arbre de décision ou de filtres simples — permettrait de qualifier rapidement la situation et d’orienter vers le bon mécanisme selon le type de projet, le montant recherché et le stade de développement de l’entreprise.
Humaniser le premier contact. Un outil seul ne suffit pas. La présence d’un interlocuteur capable de traduire le vocabulaire financier en langage accessible reste indispensable, surtout pour les entrepreneurs les moins familiers avec l’écosystème. Ce rôle de « passeur » entre le monde de l’entrepreneur et celui des financeurs est aujourd’hui largement sous-investi.
Centraliser l’information, sans la figer. Plusieurs plateformes d’information existent déjà — et sont pourtant quasi inconnues du public cible, faute de référencement et de visibilité. La question n’est donc pas seulement de créer un nouvel outil, mais de s’assurer qu’il soit trouvable, maintenu et régulièrement mis à jour.
La gouvernance, talon d’Achille de toute initiative
C’est sans doute la discussion la plus délicate de la journée. Qui maintient l’outil ? Qui le finance dans la durée ? Comment éviter qu’il ne devienne obsolète ou dépendant d’un seul projet bailleur ?
Les échanges ont mis en évidence une tension réelle entre ancrage régional — nécessaire pour coller aux réalités locales — et pilotage central — indispensable pour garantir la cohérence et la mise à jour de l’information. Sans réponse claire sur ce point, les meilleures intentions risquent de rester lettre morte, comme ce fut le cas pour plusieurs initiatives similaires par le passé.
Ce que cet atelier dit de plus large
Au-delà des prototypes esquissés, cet atelier illustre quelque chose d’important : les solutions au problème de financement des TPME ne sont pas uniquement financières. Elles sont informationnelles, relationnelles et organisationnelles. Combler le fossé entre l’offre de financement existante et les entrepreneurs qui en ont besoin demande autant de travail sur la lisibilité du système que sur ses mécanismes eux-mêmes.
La prochaine étape sera de transformer ces réflexions en prototype testable — et de le confronter à la réalité du terrain.
Publié par : Aya OUERTANI, Chargée de communication du projet Rawafed+













